La pédagogie de l'improvisation classique

Le deuxième but du Festival de Musique Improvisée de Lausanne est d'ordre pédagogique. Durant toute la semaine du festival, des cours sont proposés pour transmettre aux musiciens l'envie d'apprendre à improviser et leur en donner les moyens. Les enseignants donnent également un concert dans la même semaine, ce qui permet aux élèves de voir et d'entendre le maître à l'œuvre.

Les musiciens "classiques" d'aujourd'hui pensent souvent que l'improvisation est réservée à des gens exceptionnellement doués et qu'on ne peut ni l'enseigner ni l'apprendre. Cela vient du fait que, l'improvisation et son enseignement ayant disparu de la tradition "classique" dans le courant du XIXe siècle, les improvisateurs actuels sont très souvent autodidactes. En réalité, l'expérience montre que l'improvisation s'enseigne et s'apprend comme n'importe quelle autre discipline, et qu'elle n'a rien de mystérieux ni d'inexplicable. Il ne fait aucun doute que les musiciens "classiques" du passé étaient formés à l'improvisation de manière structurée et efficace, exactement comme on le fait aujourd'hui dans les écoles de jazz.

Plus on avance dans l'apprentissage de l'improvisation, plus on réalise que l'improvisation n'est pas une spécialisation, mais une approche très globale de la musique, qui permet d'apprendre le langage musical d'une manière consciente et active. Celui qui sait improviser, s'il sait écrire, sait composer et lire.

A l'inverse, le musicien qui apprend seulement à lire, comme c'est le cas dans notre enseignement "classique" actuel, risque de pratiquer la musique comme quelqu'un qui aurait appris à réciter des poèmes dans une langue étrangère sans être capable de prononcer spontanément une phrase dans cette langue.

Dans l'apprentissage de l'improvisation, les disciplines appelées "théoriques" dans nos conservatoires deviennent des disciplines pratiques. L'harmonie, le contrepoint, etc. qui sont le vocabulaire et la grammaire de la musique, ne servent plus seulement à analyser le répertoire, mais sont destinés en premier lieu à être mis en pratique. Ensuite, lorsqu'il s'agit de jouer ou d'analyser les pièces du répertoire, l'improvisateur peut réellement se mettre dans la peau du compositeur, et comprendre chaque œuvre comme celle d'un collègue ou d'un maître. L'improvisation peut donc être considérée comme une discipline fondamentale en musique, qui permet au musicien d'acquérir une compréhension profonde et pratique de son art.


William Dongois enseignant à St-Laurent, le 22 août 2000
Photo : Nicolas Bonvin